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Pourquoi le DUERP est-il si mal compris et utilisé ?

Dernière mise à jour : 18 juin

Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) est obligatoire dans toutes les entreprises employant au moins un salarié. Pourtant, il reste souvent perçu comme une simple obligation administrative.


Cette difficulté d'appropriation s'explique notamment par l'évolution des connaissances sur les risques professionnels et par le décalage entre les méthodes traditionnelles d'évaluation des risques et les pratiques actuelles de prévention.



Pourquoi les entreprises ont-elles du mal à utiliser leur DUERP ?


La très grande majorité des entreprises que je rencontre ne savent pas vraiment quoi faire du DUERP :

Un document rempli une fois, rarement mis à jour, parfois externalisé, et finalement peu utilisé dans le pilotage de la prévention.

Ce constat n’est pas isolé. Il est largement documenté par les travaux institutionnels.


Les données du ministère du Travail (DARES, 2024) montrent que la majorité des entreprises ne respectent pas la règlementation concernant le DUERP (mise à jour annuelle, mention des RPS et information des salariés) :


DUERP à jour

Parmi les DUERP, part de ceux qui…

intègrent les RPS

sont portés à la connaissance du personnel

Agriculture, sylviculture et pêche

59 %

18 %

82 %

Industrie

57 %

48 %

69 %

Construction

60 %

37 %

71 %

Services

43 %

52 %

78 %

Secteur privé

46 %

47 %

77 %


Un rapport de la Cour des comptes (2022) souligne que, lorsqu'il existe, le DUERP est souvent considéré comme “une contrainte administrative formelle” qui ne suscite “aucune réflexion ou action concrète au sein de l’entreprise”

Dans une étude récente, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), en 2023, fait le même constat : beaucoup d’entreprises “s’acquittent de la réalisation du DUERP comme d’une formalité administrative, détachée de l’enjeu de la prévention de la santé au travail“.


Autrement dit : le DUERP structure très peu la prévention.


Pour comprendre pourquoi, il faut revenir à la logique sur laquelle il repose, et aux évolutions de la notion même de risque professionnel.


Pourquoi le DUERP repose-t-il sur une logique de calcul du risque ?


Le DUERP repose, à son origine, sur une logique relativement claire :

Objectiver les risques professionnels pour pouvoir les hiérarchiser, puis orienter la prévention vers les situations les plus accidentogènes.


Cette approche s’inscrit dans une vision “réaliste” et scientifique du risque.

Le risque est envisagé comme une réalité objectivable, qu’il serait possible de mesurer à partir de critères comme la fréquence et la gravité.

L’idée est simple : plus un risque est fréquent et grave, plus il doit être traité en priorité.


Ce modèle suppose cependant deux conditions essentielles.


La première est de disposer d’un recul statistique suffisant. 

Évaluer la probabilité d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle implique de pouvoir observer la répétition d’événements comparables, dans des situations de travail relativement stables.

Cette condition peut être remplie dans certains environnements structurés, avec des process stabilisés et des volumes d’activité importants. Mais elle est rarement réunie dans la majorité des entreprises. Dans les petites structures, les événements sont trop rares pour produire des statistiques fiables. Dans des environnements plus évolutifs, les situations de travail changent rapidement, ce qui rend les données disponibles rapidement obsolètes.


La seconde condition est celle de l’expertise

Produire une évaluation quantitative des risques pertinente suppose de maîtriser les outils, de comprendre les biais, et de savoir interpréter les données. Cette compétence est rarement disponible en interne.


Dans les faits, j’observe que cela conduit très souvent à externaliser la réalisation du DUERP.

Le document unique est alors produit par un prestataire, mais peu approprié par l’entreprise. Il devient difficile à mettre à jour, et encore plus à utiliser comme un véritable outil de prévention.


Pour les entreprises souhaitant développer leurs compétences en interne plutôt que dépendre systématiquement d'un prestataire extérieur, je propose également une formation dédiée à la réalisation et à la mise à jour du DUERP.



Comment la compréhension des risques professionnels a évolué ?


Au cours des dernières décennies, les connaissances sur les lien entre santé et travail se sont fortement développées.


Les recherches ont montré que les accidents du travail et les maladies professionnelles résultent rarement d’un facteur unique.

Ils sont le produit de l’imbrication de plusieurs dimensions : un trouble musculo-squelettique (TMS), par exemple, ne relève pas uniquement de la manutention ou des gestes répétitifs. Il peut être lié à l’organisation du travail (travail de nuit), à l’environnement (bruit, température, éclairage), aux contraintes psychosociales (pression temporelle, marges de manœuvre) ou encore aux tensions relationnelles.


Un risque, au sens strict, ne désigne pas une réalité observable.

Il correspond à la possibilité de survenue d’un dommage. Sa concrétisation est toujours singulière :

Elle prend la forme d’un accident ou d’une maladie, qui résulte d’une combinaison spécifique de facteurs.

Ce n’est qu’a posteriori, à travers une enquête après accident du travail ou maladie professionnelle, qu’il est possible d’identifier les éléments qui ont concouru à sa survenue.


Dans ce contexte, le risque devient plus difficile à évaluer.


Ce déplacement est important.

Il conduit à passer d’une logique centrée sur le calcul du risque (probabilité d’un dommage) à une logique centrée sur l'inventaire des facteurs de risque (conditions d’exposition).


Il est d’ailleurs renforcé par des dispositifs comme le compte professionnel de prévention (C2P), qui repose précisément sur l’identification et la traçabilité de l’exposition à certains facteurs de risques professionnels.



Pourquoi les méthodes traditionnelles du DUERP montrent aujourd'hui leurs limites ?


Les outils utilisés dans le DUERP restent largement construits sur une logique obsolète qui cherchent à quantifier des risques à partir de critères comme la fréquence et la gravité.

Or, les obligations et les approches évoluent.


Face aux limites de ces modèles, les démarches s’orientent aujourd’hui vers une logique plus opérationnelle, centrée sur l’identification des facteurs de risque, en lien avec la médecine du travail.

Des outils comme OiRA, par exemple, proposent des grilles permettant de repérer la présence ou l’absence de facteurs, plutôt que d’en estimer la probabilité.


Cette approche est plus accessible et mieux adaptée à la réalité des entreprises, notamment lorsqu’il n’existe pas de données statistiques solides.

Dans ce cadre, la hiérarchisation des actions de prévention ne repose plus uniquement sur un calcul.

Elle passe davantage par le dialogue social, notamment au sein du CSE, qui permet de croiser les points de vue et de prioriser les actions à partir du terrain.


S’il devait être conçu aujourd’hui, le DUERP s’appellerait sans doute autrement : un "document unique d’exposition aux facteurs de risques professionnels".

Ce glissement ne relève pas seulement du vocabulaire. Il traduit un changement profond : passer d’une logique de calcul à une logique de compréhension du travail réel.


Et c’est précisément là que se situe, aujourd’hui, la difficulté d’appropriation du DUERP. Tant que les entreprises chercheront à “remplir un document” plutôt qu’à analyser leurs situations de travail, le DUERP restera une obligation administrative de plus.


À l’inverse, dès qu’il est utilisé comme un outil d’analyse du travail réel, en lien avec le terrain, les salariés et le dialogue social, il redevient ce qu’il aurait toujours dû être : un levier central de la prévention.



Aller plus loin sur le DUERP

Vous souhaitez apprendre à construire un DUERP réellement utile à la prévention, comprendre les obligations réglementaires et savoir identifier les facteurs de risques professionnels dans votre entreprise ?

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FAQ – Comprendre le DUERP


Qu'est-ce que le DUERP ?

Le DUERP (Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels) est un document obligatoire qui recense les risques auxquels les salariés peuvent être exposés dans le cadre de leur activité professionnelle. Il constitue la pierre angulaire de la démarche de prévention en entreprise.

Son objectif est d'identifier les situations de travail pouvant porter atteinte à la santé ou à la sécurité des travailleurs afin de mettre en place des actions de prévention adaptées. Le DUERP peut intégrer des risques physiques, chimiques, biologiques, ergonomiques, organisationnels ou encore psychosociaux.

Au-delà de son caractère réglementaire, le DUERP est avant tout un outil d'analyse du travail réel. Lorsqu'il est correctement utilisé, il permet d'orienter les décisions de prévention, d'améliorer les conditions de travail et de réduire les accidents du travail ainsi que les maladies professionnelles.


Pourquoi le DUERP est-il obligatoire ?

Le DUERP est rendu obligatoire par le Code du travail dans le cadre de l'obligation générale de sécurité qui incombe à tout employeur. Cette obligation vise à protéger la santé physique et mentale des salariés.

Le législateur a considéré qu'une prévention efficace passe nécessairement par une identification préalable des risques professionnels. Le DUERP permet ainsi de formaliser cette démarche et de démontrer que l'entreprise a engagé une réflexion structurée sur la prévention.

Au-delà de la conformité réglementaire, le DUERP constitue un véritable outil de pilotage. Il aide l'employeur à prioriser les actions de prévention, à suivre leur mise en œuvre et à intégrer la santé et la sécurité au travail dans les décisions quotidiennes de l'entreprise.


Qui est responsable de la réalisation du DUERP ?

La responsabilité du DUERP appartient à l'employeur. Même lorsque sa rédaction est confiée à un consultant, un cabinet spécialisé ou un prestataire externe, l'employeur demeure juridiquement responsable de son contenu, de son actualisation et de son utilisation.

La réalisation du document unique gagne toutefois à être collective. Les salariés, les managers, les représentants du personnel, le CSE, le service de prévention et de santé au travail ou encore les référents santé-sécurité peuvent apporter des informations précieuses sur les situations de travail rencontrées sur le terrain.

Plus les acteurs de l'entreprise sont impliqués dans la démarche, plus le DUERP devient un outil opérationnel et utile pour la prévention des risques professionnels.


À quelle fréquence faut-il mettre à jour le DUERP ?

Le DUERP doit être mis à jour chaque fois qu'une modification importante des conditions de travail ou de l'organisation est susceptible d'avoir un impact sur la santé ou la sécurité des salariés.

L'introduction de nouveaux équipements, une réorganisation du travail, un déménagement, l'apparition de nouveaux risques ou encore les enseignements tirés d'un accident du travail peuvent justifier une révision du document.

La mise à jour ne doit pas être considérée comme une simple formalité administrative. Elle permet de maintenir une évaluation des risques cohérente avec la réalité du terrain et de garantir que les mesures de prévention restent adaptées aux situations de travail effectivement rencontrées.


Pourquoi de nombreuses entreprises ont-elles du mal à utiliser leur DUERP ?

Dans de nombreuses organisations, le DUERP est encore perçu comme une obligation réglementaire à satisfaire plutôt qu'un véritable outil de prévention. Cette perception conduit souvent à produire un document peu exploité au quotidien.

Les méthodes traditionnelles d'évaluation des risques reposent fréquemment sur des systèmes de cotation complexes fondés sur la fréquence et la gravité. Ces approches peuvent être difficiles à comprendre et à mettre à jour, notamment dans les petites structures qui disposent de peu de ressources dédiées à la prévention.

Par ailleurs, lorsqu'il est entièrement externalisé, le DUERP risque de rester déconnecté du travail réel. Son appropriation par les managers et les salariés devient alors plus difficile, limitant son efficacité dans la prévention des risques professionnels.


Quelle est la différence entre un risque professionnel et un facteur de risque ?

Un risque professionnel correspond à la possibilité qu'un dommage survienne dans une situation de travail donnée. Il s'agit d'une éventualité, et non d'un événement directement observable.

Un facteur de risque, en revanche, désigne une condition d'exposition susceptible de contribuer à la survenue d'un accident du travail, d'une maladie professionnelle ou d'une atteinte à la santé. Il peut s'agir, par exemple, d'une manutention répétée, d'un travail de nuit, d'un niveau sonore élevé ou d'une forte pression temporelle.

Les approches modernes de prévention accordent une place croissante à l'identification des facteurs de risque. Cette logique permet d'agir plus concrètement sur les conditions de travail plutôt que d'essayer de calculer une probabilité de dommage parfois difficile à estimer.


Le DUERP doit-il intégrer les risques psychosociaux (RPS) ?

Oui. Les risques psychosociaux font partie intégrante des risques professionnels et doivent être pris en compte dans l'évaluation des risques réalisée par l'employeur.

Les RPS regroupent notamment le stress chronique, la surcharge de travail, le manque d'autonomie, les conflits de valeurs, les tensions relationnelles, les situations de harcèlement ou encore les violences internes et externes.

L'intégration des RPS dans le DUERP permet d'identifier les facteurs organisationnels susceptibles d'affecter la santé mentale des salariés. Elle constitue également un levier important pour améliorer la qualité de vie et les conditions de travail, prévenir les situations de souffrance au travail et réduire l'absentéisme.


Le DUERP permet-il réellement de prévenir les accidents du travail ?

Oui, à condition qu'il soit utilisé comme un outil vivant de prévention et non comme un simple document administratif.

Le DUERP permet d'identifier les situations à risque, de définir des mesures de prévention adaptées et de suivre leur mise en œuvre dans le temps. Il favorise également le dialogue entre les différents acteurs de l'entreprise autour des questions de santé et de sécurité au travail.

Lorsqu'il est régulièrement actualisé et connecté aux réalités du terrain, le DUERP contribue à réduire les expositions aux risques professionnels, à prévenir les accidents du travail et à limiter l'apparition de maladies professionnelles. Son efficacité dépend toutefois davantage de la démarche de prévention qu'il soutient que du document lui-même.


Quelle est la différence entre le DUERP et le programme de prévention des risques professionnels ?

Le DUERP et le programme de prévention poursuivent des objectifs complémentaires. Le DUERP sert à identifier et analyser les risques présents dans l'entreprise. Le programme de prévention vise quant à lui à organiser les actions permettant de réduire ou supprimer ces risques.

Autrement dit, le DUERP répond à la question : « Quels sont les risques et les facteurs de risque présents dans l'entreprise ? » Le programme de prévention répond à la question : « Quelles actions allons-nous mettre en œuvre pour les traiter ? »

Une démarche de prévention efficace repose sur l'articulation entre ces deux outils. L'évaluation des risques n'a de valeur que si elle débouche sur des actions concrètes d'amélioration des conditions de travail.


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