Les Risques psychosociaux (RPS) : définition, facteurs de risque et prévention
- Dr Jean-Sébastien COLOMBANI

- 6 avr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Les risques psychosociaux (RPS) désignent un ensemble des facteurs professionnels susceptibles d'altérer la santé physique ou mentale des salariés.
Ils recouvrent notamment le stress, le burnout, le harcèlement, les violences au travail ou encore certaines formes de souffrance professionnelle.
Longtemps associés à des problématiques individuelles, les RPS sont aujourd'hui reconnus comme un enjeu majeur de santé au travail.
Leur prévention constitue désormais une obligation pour les employeurs et un élément essentiel des démarches de prévention des risques professionnels.
Pourquoi les risques psychosociaux sont-ils devenus un enjeu majeur ?
Les risques psychosociaux occupent aujourd'hui une place centrale dans les politiques de santé au travail.
Cette importance n'est pas le fruit d'un effet de mode.
Les travaux de la DARES montrent que les conditions de travail ont profondément évolué au cours des dernières décennies. Si certaines contraintes physiques ont reculé, les contraintes organisationnelles, relationnelles et émotionnelles se sont fortement développées. Les salariés sont davantage confrontés à des exigences de rapidité, à des interruptions fréquentes, à des objectifs multiples ou encore à des tensions avec le public.
La France figure d'ailleurs parmi les pays européens les plus exposés à plusieurs facteurs de risques psychosociaux, notamment en matière d'intensité du travail et d'exigences émotionnelles.
Selon les enquêtes officielles, près d'un salarié sur deux déclare devoir se dépêcher dans son travail et plus d'un tiers indique recevoir des consignes contradictoires.
Les conséquences sont bien connues : absentéisme, turnover, désengagement, accidents du travail, troubles musculo-squelettiques, dépression, épuisement professionnel ou encore difficultés de recrutement.
Pourtant, malgré leur omniprésence dans les discours, les risques psychosociaux restent une notion relativement floue.
Pour comprendre ce que recouvrent réellement les RPS, il faut d'abord revenir à la manière dont le droit appréhende la santé au travail.
Comment définir les risques psychosociaux ?
Le droit ne parle pas de « risques psychosociaux ». Il impose une obligation plus large, fondée sur la protection de la santé. L’article L.4121-1 dispose ainsi :
« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »
La santé mentale est donc explicitement intégrée dans l’obligation de sécurité de l'employeur. Elle n’est pas traitée comme une catégorie spécifique, mais comme une composante à part entière de la prévention des risques professionnels.
La notion de risques psychosociaux s'est progressivement imposée pour désigner des réalités très différentes, en lien avec la santé mentale : stress, burnout, harcèlement moral, violence au travail, suicide, troubles musculo-squelettiques, etc.
Cette extension pose une difficulté.
Les RPS mélangent souvent :
des facteurs de risque ;
des mécanismes psychologiques ;
des atteintes à la santé.
Une charge de travail excessive, des objectifs contradictoires ou un manque d'autonomie constituent des facteurs de risque.
Face à cette situation, le salarié peut ressentir du stress, de l'inquiétude ou un sentiment de perte de contrôle. Il s'agit alors de mécanismes psychologiques.
Si cette situation perdure, elle peut contribuer à l'apparition d'atteintes à la santé sous la forme d’un épuisement professionnel, de troubles anxieux, de dépression, ou de troubles du sommeil, etc.
Regrouper ces différents niveaux sous une même appellation présente un risque : celui de confondre les causes et les conséquences.
Pourquoi s'intéresser aux facteurs de risque plutôt qu'aux conséquences ?
Face à cette difficulté, le collège d'expertise (communément appelé "Gollac") mandaté par le ministre du Travail (2010) propose de déplacer le regard.
Plutôt que de partir des conséquences (stress, burnout, souffrance, dépression), il invite à analyser les facteurs de risque présents dans l'organisation du travail.
L'intérêt de cette approche est qu'elle permet d'agir sur les causes plutôt que sur les effets.
Lorsque la prévention se concentre principalement sur les conséquences, elle tend à individualiser les problèmes. Les actions portent alors sur les salariés en difficulté : accompagnement psychologique, gestion du stress ou dispositifs de soutien.
Ces démarches peuvent être utiles, mais elles laissent souvent entière la question des conditions de travail qui ont contribué à l'apparition des difficultés.
Elles soulèvent également une question délicate : à partir de quel niveau de souffrance faut-il intervenir ? Qui est réellement en difficulté ? Qui doit bénéficier des mesures de prévention ?
À l'inverse, l'analyse des facteurs de risque permet de raisonner à l'échelle du collectif de travail. Elle conduit à s'interroger sur la charge de travail, les marges de manœuvre, les exigences émotionnelles, les relations professionnelles ou encore les conflits de valeurs.
Dans cette perspective, la prévention vise moins à identifier les salariés qui souffrent qu'à comprendre les situations de travail susceptibles de produire cette souffrance.
C'est dans ce cadre que le collège d'expertise a identifié six grandes familles de facteurs de risque psychosociaux :
L'intensité et le temps de travail
Les exigences émotionnelles
L'autonomie
Les rapports sociaux
Les conflits de valeurs
L'insécurité de la situation de travail
Aujourd'hui, ce modèle constitue le principal cadre de référence utilisé en France pour l'évaluation et la prévention des risques psychosociaux.
Pourquoi les risques psychosociaux sont-ils difficiles à prévenir ?
Malgré l'importance accordée aux risques psychosociaux dans les discours sur la santé au travail, ils restent souvent moins intégrés aux démarches de prévention que d'autres risques professionnels.
Les enquêtes de la DARES montrent que les actions de prévention demeurent principalement centrées sur les risques physiques, les équipements ou la sécurité des postes de travail, tandis que les facteurs organisationnels, relationnels ou managériaux sont plus rarement abordés dans les plans d'action.
Ce constat est paradoxal.
Le Code du travail impose pourtant de protéger la santé mentale des travailleurs et d'intégrer dans la prévention l'organisation du travail, les conditions de travail et les relations sociales.
Les risques psychosociaux doivent ainsi être intégrés au document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), au même titre que les autres risques professionnels.
Cette difficulté s'explique en partie par l'histoire même de la prévention. Les outils, les méthodes et les référentiels ont d'abord été construits pour identifier des dangers matériels : machines, produits chimiques, bruit, manutention ou risques de chute.
À l'inverse, les risques psychosociaux renvoient à des phénomènes plus complexes, liés à l'organisation du travail, aux relations professionnelles ou aux modes de management. Ils sont donc souvent plus difficiles à identifier, à évaluer et à traiter.
Mais cette difficulté est également d'une autre nature.
Prévenir les risques psychosociaux conduit fréquemment à interroger la manière dont le travail est organisé : charge de travail, objectifs, autonomie, coopération entre les équipes, modes de management ou encore ressources mises à disposition des salariés.
Autrement dit, la prévention des RPS ne consiste pas seulement à corriger un dysfonctionnement ponctuel. Elle peut amener l'entreprise à questionner certaines de ses pratiques de fonctionnement, ce qui la rend parfois plus délicate à mettre en œuvre que la prévention de risques matériels.
Pour conclure
La prévention des risques psychosociaux ne se résume donc pas à la gestion du stress ou du burnout. Il s'agit d'apprendre à analyser le travail réel, à identifier les facteurs organisationnels susceptibles d'altérer la santé et à construire des actions de prévention adaptées.
Aller plus loin sur les risques psychosociaux
Vous souhaitez identifier les facteurs de risques psychosociaux présents dans votre organisation, comprendre leurs impacts sur la santé et construire une démarche de prévention adaptée ?
Découvrez notre formation « Évaluer et prévenir les risques psychosociaux (RPS) », conçue pour permettre aux employeurs, managers, responsables RH, référents santé-sécurité et membres du CSE d'intégrer les RPS dans leur démarche de prévention et d'agir concrètement sur les conditions de travail.

FAQ – Risques psychosociaux (RPS)
Quels sont les principaux exemples de risques psychosociaux ?
Les risques psychosociaux recouvrent des situations très diverses : surcharge de travail, manque d'autonomie, conflits entre collègues, management inadapté, insécurité de l'emploi, violences internes ou externes, harcèlement moral ou sexuel, exigences émotionnelles importantes ou encore conflits de valeurs. Ces facteurs peuvent affecter durablement la santé physique et mentale des salariés.
Quelle est la différence entre le stress et les risques psychosociaux ?
Le stress n'est pas un risque psychosocial en lui-même, mais une réaction possible à certains facteurs de risque présents dans l'environnement de travail. Les risques psychosociaux renvoient aux causes potentielles, tandis que le stress constitue l'une des conséquences possibles de ces situations.
Les risques psychosociaux doivent-ils être intégrés au DUERP ?
Oui. Comme les autres risques professionnels, les risques psychosociaux doivent être identifiés, évalués et intégrés au document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP). L'employeur doit analyser les facteurs organisationnels, relationnels ou managériaux susceptibles d'altérer la santé des salariés et prévoir des mesures de prévention adaptées.
Le burnout est-il considéré comme un risque psychosocial ?
Le burnout, ou épuisement professionnel, n'est généralement pas considéré comme un facteur de risque mais comme une conséquence possible de certaines situations de travail. Une charge excessive, un manque de ressources, des exigences émotionnelles élevées ou des conflits de valeurs peuvent notamment contribuer à son apparition.
Qui participe à la prévention des risques psychosociaux dans l'entreprise ?
La prévention des risques psychosociaux mobilise plusieurs acteurs : l'employeur, les managers, les salariés, le CSE, le référent santé sécurité, le service de prévention et de santé au travail ainsi que les intervenants externes spécialisés. Une démarche efficace repose généralement sur une approche collective et sur l'analyse du travail réel.
.png)



