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Les obligations de l'employeur en santé et sécurité au travail

Dernière mise à jour : il y a 21 heures

La santé, la sécurité et les conditions de travail sont aujourd’hui au cœur des obligations de l’employeur.


Pourtant, entre les principes généraux de prévention, le DUERP, les obligations spécifiques à certains risques et les nombreux acteurs impliqués, la réglementation peut rapidement apparaître complexe.


Comprendre ces obligations ne consiste pas seulement à connaître les textes. Il s’agit surtout de saisir la logique d’ensemble qui structure la démarche de prévention, afin de pouvoir l’appliquer concrètement dans l’entreprise.



Quelle est l'étendue de la responsabilité de l'employeur ?


La santé, la sécurité et les conditions de travail ne relèvent pas d’une simple démarche de conformité. Elles constituent une obligation structurante du fonctionnement de l’entreprise, qui engage directement la responsabilité de l’employeur.

Le Code du travail pose un principe clair à l’article L.4121-1 :

« L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. »

Cette obligation est large. Elle ne se limite ni aux accidents du travail, ni aux risques physiques. Elle couvre l’ensemble des situations susceptibles d’altérer la santé des salariés, y compris les dimensions organisationnelles et relationnelles du travail.


Concrètement, l’employeur doit anticiper les risques, organiser la prévention et mettre en place des mesures adaptées. Il ne s’agit pas seulement de réagir face à un problème, mais d’agir en amont, de manière structurée et continue.


Pendant longtemps, la jurisprudence a considéré que l’employeur était tenu d’une obligation de sécurité de résultat. Dès lors qu’un salarié subissait une atteinte à sa santé en lien avec le travail, la responsabilité de l’employeur pouvait être engagée, sauf à démontrer une cause étrangère.


Cette approche a évolué en 2015. La Cour de cassation considère que l’employeur est tenu à une obligation de moyens renforcée. Cela signifie qu’il doit être en mesure de démontrer qu’il a pris toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des travailleurs.


En pratique, cette évolution ne réduit pas le niveau d’exigence.

Cela implique notamment d’identifier les risques, d’analyser les situations de travail, de mettre en place des actions adaptées et d’en assurer le suivi. En cas de contentieux, ce sont ces éléments qui permettront d’apprécier si l’employeur a respecté son obligation.

Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si un risque s’est réalisé, mais si tout a été mis en œuvre pour l’éviter.


Démarche de prévention des risques professionnels, document unique d'évaluation des risques professionnels

Quelles actions de prévention sont attendues de l'employeur ?


Ainsi, l’obligation de l'employeur ne se limite pas à un objectif, elle repose sur une approche gobale.

L'article L.4121-1 du Code du travail précise tout d'abord que les actions de prévention déployées par l'employeur comprennent :

« 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L.4161-1 ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. »

Les actions de prévention doivent donc se déployer de façon complémentaire sur l'ensemble des dimensions du travail :

  • des mesures sur l'environnement physique et les équipements de protection,

  • des mesures sur l'organisation du travail (charge de travail, marges de manœuvre, etc.)

  • des mesures de sensibilisation et de formation des salariés aux risques auxquels ils sont exposés


Toutefois, le Code du travail ne défini pas seulement les actions à mettre en place. Il aborde également une méthode spécifique au travail des « principes généraux de prévention ». L'article L.4121-2 précise en effet la manière dont ces actions doivent être conçues et organisées :

« L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L.4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants 1° Éviter les risques ; 2° Évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source ; 4° Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé ; 5° Tenir compte de l'état d'évolution de la technique ; 6° Remplacer ce qui est dangereux par ce qui n'est pas dangereux ou par ce qui est moins dangereux ; 7° Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, notamment les risques liés au harcèlement moral et au harcèlement sexuel, tels qu'ils sont définis aux articles L. 1152-1 et L. 1153-1, ainsi que ceux liés aux agissements sexistes définis à l'article L. 1142-2-1 ; 8° Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle ; 9° Donner les instructions appropriées aux travailleurs.

Ces principes donnent une cohérence à l’ensemble de la démarche. Ils imposent de penser la prévention en amont et selon une logique structurée.


La priorité est d’abord de supprimer les risques à la source, chaque fois que cela est possible.

Lorsqu’un risque ne peut pas être éliminé, il doit être réduit, en agissant sur ses causes, notamment à travers l’organisation du travail, les choix techniques ou les conditions d’exercice.

Lorsque le risque persiste, l’employeur doit privilégier les mesures de protection collective, qui protègent l’ensemble des salariés exposés. Ce n’est qu’en complément que des mesures de protection individuelle peuvent être mises en place, lorsque les solutions collectives ne suffisent pas.


Cette hiérarchie des actions n’est pas accessoire. Elle structure toute la démarche de prévention et évite de se limiter à des réponses correctives ou individuelles. Elle impose au contraire d’agir en priorité sur le travail lui-même, ses conditions de réalisation et son organisation.

Quelle démarche employer pour se conformer à la règlementation ?


Pour pouvoir mener à bien sa démarche de prévention et répondre à ses obligation de moyens renforcée, l'employeur doit, dans un premier temps, évaluer les risques professionnels auxquels sont exposés les salariés (article L.4121-3) :

« L'employeur, compte tenu de la nature des activités de l'établissement, évalue les risques pour la santé et la sécurité des travailleurs [...] »

Cette évaluation doit déboucher sur la rédaction d'un Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), prévu part l'article L.4121-3-1 du Code du travail :

« I. Le document unique d'évaluation des risques professionnels répertorie l'ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les travailleurs et assure la traçabilité collective de ces expositions. II. L'employeur transcrit et met à jour dans le document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs à laquelle il procède en application de l'article L. 4121-3. »

Depuis 2021, la loi prévoit que ce DUERP doit donner lieu à l'élaboration d'un autre document, dont la nature diffère en fonction de la taille de l'entreprise (article L.4121-3-1)

« III. Les résultats de cette évaluation débouchent : 1° Pour les entreprises dont l'effectif est supérieur ou égal à cinquante salariés, sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT) [...] 2° Pour les entreprises dont l'effectif est inférieur à cinquante salariés, sur la définition d'actions de prévention des risques et de protection des salariés. »

Quelles sont les obligations employeur spécifiques à certains risques professionnels ?


Au-delà de l’obligation générale de prévention, la quatrième partie du Code du travail « Santé et sécurité au travail » encadre de manière très précise un grand nombre de risques professionnels.

Ces dispositions fixent des exigences techniques, organisationnelles et humaines que l’employeur doit respecter en fonction de l'exposition à certains risques professionnels.


L’enjeu, pour l’employeur, n’est pas seulement de les connaître, mais de les intégrer dans une approche cohérente et adaptée à son activité :

Agents biologiques

Agents chimiques

Agents physiques

Équipements de travail

Facteurs biomécaniques

Qualité et sécurité du lieu de travail

Facteurs organisationnels


Service de prévention et de santé au travail SPST, médecine du travail

Quels acteurs mobiliser pour mettre en œuvre la démarche de prévention ?


La réglementation en matière de santé, sécurité et conditions de travail est dense et évolutive. Face à cette complexité, l’employeur ne peut pas agir seul.

La démarche de prévention prévoit ainsi qu'il s'appuie sur différents acteurs, internes et externes, capables de lui apporter les compétences complémentaires.


En premier lieu, le service de prévention et de santé au travail (SPST), auquel l'employeur à l'obligation de souscrire ou d'organiser en interne L.4622-1 :

« Les employeurs [...] organisent des services de prévention et de santé au travail. »

Les missions des SPST sont définies notamment aux articles L.4622-1 et suivants du Code du travail. Il accompagne l’entreprise dans l’évaluation des risques, le suivi de la santé des salariés et la mise en place d’actions de prévention.


En interne, l’employeur doit désigner un salarié compétent en matière de santé et sécurité (article L.4644-1) :

« L'employeur désigne un ou plusieurs salariés compétents pour s'occuper des activités de protection et de prévention des risques professionnels de l'entreprise. »

Ce référent SSCT contribue à structurer la démarche, à suivre les actions engagées et à relayer les enjeux de prévention au sein de l’organisation.


Certaines thématiques font également l’objet de dispositifs spécifiques. En matière de harcèlement sexuel et d’agissements sexistes, un référent harcèlement doit être désigné dans les entreprises d’au moins 250 salariés (article L.1153-5-1), en complément du référent désigné par le CSE (article L.2314-1)

« Dans toute entreprise employant au moins deux cent cinquante salariés est désigné un référent chargé d'orienter, d'informer et d'accompagner les salariés en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. »

Au-delà de ces appuis techniques, le dialogue social constitue un levier essentiel : le comité social et économique (CSE), dont les attributions en matière de santé, sécurité et conditions de travail sont définies aux articles L.2312-1 et suivants, contribue à l’analyse des conditions de travail, à l’évaluation des risques et à la construction des actions de prévention.

« La délégation du personnel au comité social et économique [....] contribue à promouvoir la santé, la sécurité et l'amélioration des conditions de travail dans l'entreprise. »

Dans les entreprises concernées, la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), prévue à l’article L.2315-36, renforce ce rôle.



Enfin, les salariés eux-mêmes participent à cette démarche. L’article L.4122-1 rappelle en effet que :

« Conformément aux instructions qui lui sont données par l'employeur, dans les conditions prévues au règlement intérieur pour les entreprises tenues d'en élaborer un, il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail. »

Ainsi, la mise en œuvre des obligations en matière de santé et sécurité repose sur une organisation collective. Elle suppose de mobiliser des compétences variées et de s’appuyer sur le dialogue social pour construire des actions adaptées au travail réel.


Aller plus loin sur les obligations de l'employeur

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FAQ – Obligations de l'employeur en santé et sécurité au travail


L'employeur peut-il déléguer ses obligations en matière de santé et sécurité au travail ?

L'employeur peut confier certaines missions à des managers, référents SST, services RH ou prestataires externes. En revanche, il demeure responsable de l'organisation générale de la prévention et doit s'assurer que les mesures mises en place sont adaptées et effectivement appliquées. La délégation des tâches ne supprime donc pas sa responsabilité.


Une petite entreprise a-t-elle les mêmes obligations qu'une grande entreprise ?

Oui. Les principes généraux de prévention s'appliquent à tous les employeurs dès l'embauche du premier salarié. Certaines modalités varient toutefois selon la taille de l'entreprise, notamment concernant le CSE, le PAPRIPACT ou certaines obligations de consultation. Les exigences de prévention demeurent néanmoins présentes quelle que soit la taille de la structure.


Quels sont les risques professionnels que l'employeur doit prendre en compte ?

L'évaluation des risques ne concerne pas uniquement les accidents du travail ou les risques physiques. Elle doit également intégrer les risques psychosociaux, les risques liés à l'organisation du travail, les contraintes ergonomiques, les risques chimiques, biologiques, routiers ou encore les violences internes et externes. Toute situation susceptible d'altérer la santé physique ou mentale des salariés doit être prise en compte.


Que risque une entreprise qui ne respecte pas ses obligations de prévention ?

Le non-respect des obligations e santé et sécurité peut entraîner des conséquences importantes : observations de l'inspection du travail, sanctions administratives, responsabilité civile, faute inexcusable de l'employeur ou encore poursuites pénales dans certaines situations. Au-delà de ces aspects juridiques, une prévention insuffisante peut également générer de l'absentéisme, des difficultés de recrutement ou une dégradation du climat social.


Pourquoi la prévention ne se limite-t-elle pas au respect de la réglementation ?

La réglementation fixe un cadre minimal, mais une démarche de prévention efficace va souvent plus loin. Elle permet d'améliorer les conditions de travail, de réduire les accidents et les arrêts de travail, de favoriser l'engagement des salariés et de soutenir la performance durable de l'entreprise. La prévention constitue ainsi un investissement organisationnel autant qu'une obligation légale.

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